Le Calife Othman finit dans un cimetière juif

Le Calife Othman finit dans un cimetière juif

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— Debut de la traduction —

109 – Nous avons été informés par Amrou bin Abi Al-Taher Bin Sar’h al-Massri que

  • Abd al Rahman ibn Abdallah bin Abdalhakam [1] a dit que
  • Abd al Malik Almaajichoun [2] a dit que
  • Il a entendu Malik [3] dire :
  • « Othman a été tué et il est resté jeté pendant trois jours sur la poubelle de Beni Untel [4]. Douze hommes sont arrivés parmi eux mon grand-père Malik Bin Abi Amer [5], Houwaytab bin Abd al Azi [6], Hakim bin Hazam [7], Abdallah bin al-Zoubayr [8] et Aicha Bint Othman [9]. Ils avaient une lampe. Ils ont transporté le corps sur l’huis d’une porte. En chemin, sa tête frappait sur la porte en faisant « toc toc » jusqu’à ce qu’ils soient arrivés au cimetière du Baqia [10].

Ils ont eu un différend au sujet de la prière des morts. Seuls Hakim bin Hazam ou Houwaytab bin Abd al Azi (peut-etre aussi Abd al Rahman) ont fait la prière des morts pour lui.

Quand ils ont voulu l’enterrer, un homme de Beni Mazen s’est opposé en disait : je jure au nom d’Allah que si vous l’enterrez parmi les musulmans, j’en informerais les gens !

Ils l’ont porté encore jusqu’à ce qu’ils atteignent Houch Kawkab. Quand ils l’ont descendu dans la tombe Aicha Bint Othmane s’est mise à crier. Bin al-Zoubayr lui a alors dit : « Tais-toi ! Je te jure au nom d’Allah que si tu recommences, je te frappe sur la tete ! »

Quand ils l’ont fini de l’enterrer et d’aplanir la terre sur sa tombe, Bin al-Zoubayr lui a dit : « Tu peux crier autant que tu veux maintenant ».

Malik a dit : avant cela, Othman avait l’habitude de passer devant Houch Kawkab et dire «  ici sera enterré homme de bien ».

— Fin de la traduction —

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Notes de traduction :

[1] : Historien important « Ibn ‘Abd al-Hakam » (803 – 871). Né au Caire. [wiki: fr, ar, en]

[2] : C’est Abd al Malik bin Abdalaziz Almaajichoun [wiki: ar]. Son pere  Abdalaziz Almaajichoun était un eleve et un proche de l’imam Malik bin Anass le fondateur de l’école Malékite (une des 4 écoles principales de l’islam sunnites).

[3] : L’imam Malik bin Anass dans ce cas. [wiki: fr, ar, en]

[4] : Beni Untel (Beni Foulane) dans le texte original parce que l’auteur ne veut pas dire de quelle tribu il s’agit. En Arabe « Beni » veut dire « Les fils de ». Souvent il précède le nom de la tribu.  Parfois il est possible de reconstituer ce genre de « cachoteries » en croisant plusieurs textes racontant le même évènement. Les différents auteurs ne taisent pas toujours la même chose.

[5] : Malik Bin Abi Amer al Asbahi est le grand-père de l’imam Malik bin Anass. Ceci confirme que sous le chiffre 3, c’est bien de l’imam Malik dont il s’agit. Le nom arabe complet de l’imam Malik contient une partie de sa généalogie et donc le nom de ce grand-père :

أبو عبد الله مالك بن أنس بن مالك بن أبي عامر الأصبحي الحميري المدني

[6] : un des compagnons du prophète. Est cité une fois dans Sahih Boukhari. [wiki: ar]

[7] : un des compagnons du prophète de la famille de sa première femme [wiki: ar, an]

[8] : Petit fils du premier calife Abu Bakr [wiki: ar, fr, an]

[9] : C’est la fille de Othman ; le mort.

[10] : C’est le cimetière de Médine. Existe jusqu’à nos jours

[11] : Houch Kawkab était la partie juive du cimetière du Baqia. Un mur le séparait la zone musulmane et la zone juive. Depuis, le mur a été détruit et tout le cimetière est devenu musulman. Par contre, les visiteurs sont toujours surpris de voir que la tombe du calife Othman se trouve à l’écart loin des tombes des musulmans morts à la même époque que lui. C’est seulement la lecture des livres d’Histoire qui permet de comprendre qu’il a été enterré parmi les juifs parce que les gens de Médine n’auraient pas permis qu’il soit enterré en tant que musulman parmi les musulmans.

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Baqia-Cimetiere-Plan

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Source :

Al Moujjam al Kabir

De: Al Tabarani (821 – 918)

Volume 1, pages 78 et 79

 

Analyse :

Les sociétés musulmanes vouent une idolâtrie sans bornes aux anciens hommes de pouvoir. Contrôlant le clergé, ces derniers n’ont pas eu de problèmes à se hisser au-dessus de la justice divine. Le troisième calife, Othman Ibn Affan al-Oumawi, fait partie des « moubacharine bil janah ». Ceci le place de facto au-dessus de la justice divine. Très officiellement, même Allah n’osera pas le juger. Allah semble toujours très limité quand il s’agit d’hommes politiques importants.

Les sources sunnites montrent que son règne fut conduit sous le signe de la spoliation. Lui et sa famille s’enrichissaient sur le dos des masses comme le font les dirigeants arabes jusqu’à aujourd’hui (Voir clan Benali en Tunisie). Au bout d’un moment, Othman ne contrôlait plus rien et se contentait de valider les désirs des membres de sa famille.

En plus de cela, Othman a fait plusieurs erreurs psychologiques qui ont retourné le public contre lui. Il a exclu Abu Dhar al Ghiffari. Le condamnant à mourir seul dans un exil infamant alors qu’il était l’un des premiers musulmans et proches du prophète.

Par une démarche parallèle, il va mettre deux de ses proches particulièrement détestables à des postes de pouvoir. En Koufa (Irak), il va mettre Al Walid Ibn Oukba [wiki: ar, an]. Ce dernier est décrit comme « fassiq » ou pervers dans le Coran [voir exégètes du verset 49 :6].

 

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En tant que Wali et imam, cet homme guide la prière complètement ivre. Un jour, il était si ivre qu’il ne se rappelait plus la longueur de la prière du matin (soub’h). Othman finit par l’exclure mais il avait déjà perdu la confiance des habitants de la région.

En Egypte, il va faire une erreur similaire en mettant un autre de ses proches au pouvoir : Abdallah bin Saad bin Abi Sarh [wiki: ar, fr, en] ; son demi-frère (ils ont été chez la même nourrice). Ce dernier est également évoqué en de très mauvais termes dans le Coran verset 6:49 [voir Tafssir Tabari de ce verset].

 

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Il travaillait comme scribe chez le prophète [on apprend au passage que le prophète dictait le Coran à des scribes à son époque déjà !] et souvent il falsifiait l’écriture. Il a ensuite quitté l’islam fui à la Mecque quand le prophète vivait à Médine. Par la suite, Othman lui obtient un pardon à l’arraché (il était condamné à mort) mais sa réputation restera très mauvaise. Les musulmans d’Egypte ont pris très mal qu’il devienne leur Wali. Le fait qu’il pille leurs récoltes pour lui ses proches alors que la sècheresse avait causé la famine n’a pas amélioré sa cote de popularité.

C’est donc d’Egypte et d’Irak que sont venus un millier de musulmans assiéger Othman. Au départ, ils ne voulaient pas le tuer mais qu’il retire ses proches qu’il a mis au pouvoir mais devant une tentative de celui-ci de les tromper, ils ont fini par exiger sa peau. Les habitants de Médine auraient pu le défendre mais ont choisi de le laisser se faire tuer.

Ces histoires dorment dans les livres les plus reconnus de l’islam mais les écoles, les télévisions et les familles continuent à brosser un portrait mensonger et idyllique de l’époque des califes. C’est pour cette raison que lorsqu’un groupe terroriste se réclama de l’héritage des califes (ISIS, EI ou Daesh), il eut le succès fulgurant qu’on lui connait. Beaucoup de jeunes musulmans apprennent dès l’enfance que les califes étaient des sortes de « père Noël » qui apportaient la paix, la justice, le développement et passaient la nuit à pleurer en pensant à leurs administrés. Le clergé musulman, toujours au service du pouvoir, a rendu tabou le partage de ces histoires. Pourtant, nous sommes à une époque où il faut qu’elles sortent des livres et soient portées à la connaissance des masses.

PS: Ibn Taymiyya utilise le fait que l’homme de pouvoir Al Walid Ibn Oukba guidait la prière ivre et les gens priaient derrière pour dire que les gens doivent suivre et obéir aux dirigeants et guides religieux les plus pourris.

 

Télécharger le livre PDF en Arabe pour vérifier vous-même :

thumbnail of Mouajam-al-Kabir-volume-1

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Autre Source:

On trouve la meme histoire dans livre d’Ibn Qotayba (voir pages 64 et suivantes) :

 

thumbnail of Imama-wa-siyassa-Ibn-Qotayba

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4 COMMENTS

  1. Quand on étudie la véritable histoire des 3 premiers califes on se rend compte qu’on leur a créé des vertus à l’éxact opposé de leurs défauts.
    Exemple : Othman était colérique à l’insulte abondante et violent devient le grand pudique qui intimide les anges.

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